Depuis la fin juin 2026, les centres de soins faune sauvage intensifient leurs efforts pour secourir le maximum d’animaux victimes des fortes chaleurs. Face à l’hécatombe, les établissements sont parfois contraints de refuser des entrées, et de repenser leur organisation. Alors que d’autres épisodes caniculaires sont à prévoir pour le reste de l’été, les structures tirent une fois de plus la sonnette d’alarmes. Leurs équipes témoignent pour 30millionsdamis.fr.
« La canicule, c’est la bête noire des centres de soins ». Depuis le 22 juin dernier, Jennifer Jolicard, vice-présidente de l’association partenaire Totem Paca (Var), et ses équipes doivent faire face à une hausse fulgurante des températures,bouleversant toute l’organisation du centre. Mobilisés du petit matin jusqu’au soir, les soigneurs tentent de secourir le maximum d’espèces victimes des fortes chaleurs avec une attention permanente. Plus nombreux d’années en années, ces animaux en détresse sont retrouvés par des particuliers qui sollicitent les centres de soins.On n’a jamais eu autant d’appels », déclare à 30millionsdamis.fr Corinne Larivière-Dantan, présidente et capacitaire du centre Apus Apuces(Loiret), qui compte jusqu’à 200 appels par jour.
Des centaines d’oiseaux recueillis par les centres de soins
En témoigne le nombre de pensionnaires qui se multiplie en à peine quelques heures :« ce même jour[lundi 22 juin 2026], nous avons récupéré 80 martinets le matin, et nous avons fini avec 110 oiseaux le soir, raconte Jennifer Jolicard, jointe par 30millionsdamis.fr. Nichant sous les toits ou dans des cavités exposées au soleil, cette espèce est directement confrontée aux fortes chaleurs, tombant de son nid pour chercher de l'air.« En l’espace de 48 heures, nous avons eu quasiment 200 entrées. »Un défi de taille pour les trois soigneurs du centre, chargés de nourrir les plus jeunes spécimens« toutes les heures ».
©Stéphanie Davilma - Association TOTEM PACA
Au menu, grillons et teignes de ruches.« Au début, en juin, on était sur une alimentation grillon par grillon, donnés à la main, relate l’association Totem Paca.À présent, on change notre technique alimentaire en optant pour une sorte de bouillie mixant les teignes, verres de grillons, compléments alimentaires et compléments en calcium, préparée par nos bénévoles. » Une préparation qui facilite le nourrissage des martinets, afin de pouvoir s’occuper de tous les autres pensionnaires dans un temps record.« Chaque ration est donnée à la seringue,précise Jennifer Jolicard.Au lieu de passer deux à trois minutes par oiseau, cela nécessite quelques secondes, en vérifiant bien évidemment que le spécimen ne régurgite pas. »
Toutefois,tous les centres de soins n’adoptent pas les mêmes méthodes :« Nous, on leur fait avaler 15 grillons et teignes de ruche à chaque repas, en les prenant tranquillement puisque ce sont des oiseaux très sensibles,souligne le centre Apus Apuces, partenaire de la Fondation 30 Millions d'Amis.Mais nous ne sommes pas assez nombreux, c’est pourquoi j’ai lancé un S.O.S ».Le 26 juin dernier sur Facebook, soit à peine quelques jours après le début de la première vague de canicule, le centre écrivait en majuscules « RISQUE DE FERMETURE IMMINENT ! » et appelait au renfort.
Une prise en charge à durée indéterminée
En Savoie, l’association Le Tétras Libre, également partenaire de la Fondation 30 Millions d'Amis, avoisine les 200 martinets pris en charge depuis le début de la canicule : « Toutes espèces confondues, on est à plus de 250 animaux de plus par rapport à la même période de l’année précédente », alertent Marie Sophie Saintillan, Présidente du centre de soins Le Tétras Libre, et Lou-Anne, chargée de médiation. Les individus pris en charge peuvent séjourner au centre quelques jours, comme plusieurs semaines.« Cela dépend vraiment de l’âge auquel on les récupère. Si ce sont des adultes qui ont loupé leur vol, mais qui ne sont pas blessés, ils peuvent repartir en 24 heures avec une petite aide pour se réenvoler, explique Marie Sophie Saintillan.En revanche, pour les juvéniles, s’ils sont tout juste plumés, il faut les nourrir, et attendre qu’ils aient les bonnes caractéristiques pour s’envoler ».
©Apus Apuces
« Il faut qu'ils pèsent plus de 40-42 grammes pour être lâchés avec un bon taux de survie,ajoute Jennifer Jolicard.Lorsqu’ils s’envolent, ils ne se posent jamais, et n’ont pas tellement des habitudes de chasse pour se nourrir. C’est pourquoi nous leur donnons une masse graisseuse suffisante pour qu'ils puissent tenir quelques jours jusqu'à ce qu'ils améliorent leur technique de chasse et qu'ils parviennent à se nourrir. » Puis, les martinets soignés et aptes à rejoindre leur milieu naturel sont ensuite relâchés en groupe : «ils vont former un nuage à martinets, et vont chasser ensemble,précise la vice-présidente du centre TOTEM.Si on les relâche tout seuls et qu'il n'y a rien autour, ils pourraient avoir du mal à se nourrir. »
L’inquiétude des centres de soins pour le reste de l’été
L’été promet de continuer en intensité. Les centres de soins doivent poursuivre leurs efforts pour soigner les premiers oiseaux recueillis lors des épisodes caniculaires alors que Météo France hypothétise un retour des fortes chaleurs.« On tend malheureusement vers un modèle de canicule continue jusqu’au 30 août, et cela risque d’atteindre grandement les taux de reproduction des martinets, prévient J. Jolicard.Si les petits sortent de l’œuf alors qu’il fait déjà 60 degrés sur les toits, ils vont mourir avant de pouvoir s’échapper de leur fournaise ».
Nous n’avons pas tout le personnel pour en prendre en charge plus de 300 animaux.
Jennifer Jolicard
De son côté, Corinne Larivière-Dantan ne voit qu’une solution pour soulager le quotidien de son personnel : « la seule chose qu'on peut mettre en place, c'est d'essayer de trouver des gens qualifiés pour nourrir les martinets et former du personnel en hiver, pour être prêts l’été suivant, et ainsi créer un pôle Martinet ». Car la capacitaire d’Apus Apuces fait face, elle-aussi, à une recrudescence d'animaux en détresse par rapport aux années précédentes, avec pas moins de « 150 appels par jour ».« Nous n'avons pas eu le choix de ralentir les entrées, alerte-t-elle. Il y a avait une telle accumulation de martinets en détresse que nous sommes épuisés. Pour ma part, je termine parfois à deux ou trois heures du matin ! »
La faune sauvage en péril
Et la situation n’est pas prête de s’améliorer. Chaque année,les centres font face à une augmentation constante de prises en charge,jusqu’à fermer également leur ligne demédiation.« Les centres de soins remarquent vraiment une augmentation exponentielle de folie, relate Jennifer Jolicard. Nous sommes tous dans l'appréhension des années à venir ». Une inquiétude amplifiée par la crise économique, laissant les établissements avec des subventions à la baisse.« Tous les centres de soins ont de moins en moins d'aides, que ce soit de l'État, des Régions, des Départements, poursuit la vice-présidente du centre Totem Paca. D’autant plus que nous sommes dans une situation économique assez tendue, et les dons diminuent par la même occasion ». Par conséquent,« les capacités financières des centres diminuent, tout comme leurs capacités à employer du personnel ou acheter de l’alimentation en grande quantité »,prévientl'experte.
Un contexte particulier, qui ne laisse que de petites options aux centres pour lutter face à la canicule,véritablefléau pour les martinets, tout comme d’autres oiseaux et mammifères.« On a eu beaucoup de rapaces totalement déshydratés, mais également, des écureuils, des hérissons dans un état de déshydratation, liste Corinne Larivière-Dantan. Globalement, toutes les espèces ont peiné. » Avec des cours d’eau asséchés par la canicule, la faune sauvage éprouve plus de difficultés à trouver de quoi s’abreuver. « Les jeunes individus qui sont en début d'émancipation galèrent davantage, souligne J. Jolicard.;Ajoutons à cela les pièges, les eaux stagnantes, les piscines, qui vont forcément attirer la faune. C’est l’oasis ! Mais le souci, c'est que les piscines, il y a souvent de noyades, parce qu'il y a peu de moyens qui sont mis en place, notamment par les particuliers, pour permettre à la faune prises au piège de sortir. On fait beaucoup de prévention à ce niveau-là ».
Un rôle de médiation précieux
Pour aider au maximum la faune sauvage,quelques précautions sont à connaître</alors des fortes chaleurs.Pour conseiller les particuliers qui ont trouvé un animal en détresse, les centres de soins continuent de répondre présents:<em>«Nous pouvons leur donner les premiers conseils d'urgence en attendant que les animaux soient acheminés en centre de soins ou en clinique vétérinaire. En revanche, la réglementation nous interdit dedonnerdes conseils de prise en charge, notamment au niveau du nourrissage, rappelle Le Tétras Libre. C'est pour ça que la ligne de médiation est très importante pour pouvoir donner les conseils et évaluer les situations ».
©Apus Apuces
La Fondation 30 Millions d’Amis appelle de son côté à redoubler de vigilance lors des fortes chaleurs et apporte son soutiens aux structures d'accueil pour la faune sauvage. « La Fondation s'engage pleinement aux côtés des centres de soins en leur founissant notamment du matériel pour soigner ces animaux en détresse et pour les frais de nourriture, affirme Aline Maatouk, Chargée de mission Faune sauvage à la Fondation 30 Millions d'Amis. Pour les martinets tombés du nid, il est important de leur apporter une source de nourriture de qualité adaptée et souvent très onéreuse.;»
Toutefois, si vous tombez nez-à-nez avec un animal en difficulté, ne vous improvisez pas soigneur. « En cas de découverte d’un martinet au sol, il faut se renseigner auprès d'un centre de soins avant de faire quoi que ce soit »,insiste Corinne Dantan-rivière. « Des conseils de réhydratation peuvent être mis en place pendant les périodes de forte canicule, mais en aucun cas les découvreurs ne doivent agir sans conseils préalables, car de mauvais gestes peuvent nuire à l'animal plutôt que le sauver», complète l'équipe du centre de soins Le Tétras Libre.Car chaque geste compte pour la petite faune !
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