Le Livre Officiel des Origines Félines (LOOF) annonce qu’il renonce à reconnaître toute nouvelle race issue de l’hybridation avec des espèces sauvages. Une décision attendue et saluée par la Fondation 30 Millions d’Amis qui a œuvré pendant plusieurs mois pour sensibiliser et alerter le LOOF sur les dangers de cette pratique.
Depuis la mi-juin 2026, le LOOF a décidé de ne plus reconnaître de nouvelles races issues de l’hybridation entre des espèces félines domestiques et non domestiques, comme ce fut le cas par exemple pour les races Bengal, Savannah ou Chausie .
Des races issues de croisements avec des félins sauvages
Le LOOF est une association chargée de la tenue du Livre Généalogique, c'est-à-dire l'émission des pedigrees des chats de race en France. Parmi ses missions figurent notamment la reconnaissance de nouvelles races et la définition de leurs standards. Le LOOF a donc la charge de décider si de nouvelles races de chats peuvent être – ou non – reconnues en France et commercialement valorisées en tant que telles sur le marché. À défaut de ligne claire sur le sujet de l’hybridation, les races reconnues par le LOOF ont pu jusqu’à présent intégrer des croisements de chats domestiques avec des félins non domestiques...
Le Savannah, croisement entre le chat domestique et le serval, est reconnu par le LOOF comme une race de chat hybride. / ©AdobeStock
C’est ainsi qu’en 2007 l'organisme a reconnu en France la race Bengal, issue du croisement entre le chat domestique et le chat-léopard, un petit félin arboricole d’Asie. Ou encore en 2003 la race Chausie, issue de l’hybridation avec le Felis chaus, un félin sauvage vivant entre l’Egypte et l’Asie du Sud Est. Plus récemment en 2007, le Savannah, croisement entre le chat domestique et le serval, félin sauvage d’une quinzaine de kilos vivant dans la savane africaine.
Une hybridation qui pose des questions éthiques et de bien-être animal…
« Malheureusement, la reproduction de chats domestiques avec des animaux sauvages n’est pas sans poser de nombreuses préoccupations aussi bien sur le terrain du bien-être animal, de la sécurité des personnes qu’en matière d’exploitation de la faune sauvage et de trafic » réagit Lorène Jacquet, responsable des Affaires publiques à la Fondation 30 Millions d’Amis.
En effet, le comportement des chats issus d'une hybridation avec une espèce sauvage constitue un premier défi. Même après plusieurs générations, ces animaux peuvent conserver des besoins physiologiques et comportementaux spécifiques hérités de leur ancêtre sauvage. Ils sont souvent plus sensibles au stress, nécessitent un environnement particulièrement adapté et peuvent exprimer des comportements difficiles à concilier avec une vie de famille, ce qui augmente le risque d'abandon ou de maltraitance lorsque leurs besoins sont mal compris et pris en compte.
Sur le plan éthique, la création de races hybrides ne répond à aucun objectif de conservation des espèces ni d'amélioration de la diversité génétique. Elle est principalement motivée par un effet de mode et par la recherche d'un animal à l'apparence exotique, spectaculaire, issue d’un animal sauvage... Malheureusement, les croisements assumés de chats avec des animaux sauvages contribue à banaliser la captivité d'animaux issus d'espèces sauvages et entretient l'idée qu'ils peuvent être assimilés à de simples animaux de compagnie, alors que leurs besoins restent très différents de ceux d'un chat domestique.
… et qui est également source de trafics
L'hybridation peut également alimenter le trafic d'espèces sauvages. « Les animaux non domestiques utilisés pour ces croisements peuvent provenir de filières illégales, notamment du braconnage ou du marché noir. Plus préoccupant encore, certains trafiquants utilisent les races hybrides comme couverture pour commercialiser illégalement des espèces sauvages. Des servals ou des caracals importés frauduleusement sont ainsi identifiés à tort comme des chats hybrides domestiques, avec ou sans la complicité du vétérinaire chargé de leur identification, afin d'échapper aux contrôles et aux obligations réglementaires applicables aux espèces non domestiques », dénonce Lorène Jacquet.
Les animaux non domestiques utilisés pour ces croisements peuvent provenir de filières illégales.
Lorène Jacquet, Fondation 30 Millions d'Amis
L'élevage de ces animaux pose également des difficultés juridiques importantes. Les animaux hybrides des 4 premières générations sont considérés comme des animaux non domestiques au sens de la loi et ne peuvent donc pas être détenus ou cédés librement. En pratique, ces contraintes rendent leur placement particulièrement difficile et favorisent parfois des cessions irrégulières par les éleveurs, exposant les animaux à des conditions de détention inadaptées et leurs détenteurs à une situation d'illégalité qui peut donner lieu à la saisie des animaux et à des peines d’amende et d’emprisonnement.
Une prise en charge plus complexes en cas d’abandon
Rappelons que la détention illégale d’animaux non domestiques, comme c’est le cas pour les animaux sauvages ou pour les générations intermédiaires des races hybrides, est passible de 3 ans d’emprisonnement et d’une amende de 150 000 euros d’après l’article L415-3 du code de l’environnement.
Enfin, lorsque ces animaux sont abandonnés ou saisis, leur prise en charge est particulièrement complexe. Les établissements autorisés à accueillir des animaux non domestiques sont souvent saturés et ne disposent pas toujours des conditions adaptées pour des hybrides habitués au contact humain. À l'inverse, les refuges accueillant des animaux domestiques tels que les chiens et les chats ne disposent généralement pas des autorisations nécessaires pour héberger ces animaux sauvages ou hybrides dans le respect de la réglementation. Cette absence de structures adaptées complique considérablement leur avenir et les expose à des euthanasies lorsque les autorités ne parviennent pas à les reloger.
Une décision tardive mais nécessaire du LOOF
Sensible à ces dangers, et conscient de sa responsabilité en tant que garant des races félines en France, le LOOF a pris la décision le 12 juin 2026 de ne plus permettre, à l’avenir, la reconnaissance de nouvelles races issues de l’hybridation entre des chats domestiques et des animaux d’espèces non domestiques.
Cette décision s’accompagne d’un échéancier prévoyant, pour les races déjà reconnues, la fin progressive de la reproduction entre des générations plus ou moins proches avec l’animal sauvage, afin d’aboutir à un élevage cantonné à la reproduction entre chats domestiques uniquement.
Le LOOF précise que « cette décision s’inscrit dans une démarche de protection du bien-être animal, de préservation des standards, ainsi que de sécurisation des pratiques d’élevage en France ».
La Fondation 30 Millions d’Amis a œuvré auprès du LOOF pour une prise de conscience des dérives de ces races hybrides et salue cette décision nécessaire, bien que tardive, car elle sensibilise sur les dangers de l’hybridation entre des chats domestiques et des animaux sauvages.
La Centrale canine désormais sous pression pour les chiens
Elle contribue également à lutter contre la criminalité générée par ce commerce d’animaux semi-sauvages. « Alors que le trafic de faune sauvage n’a jamais été aussi important en France et dans le monde, mettre un terme à la valorisation commerciale de l’hybridation est un préalable indispensable, reconnu par les instances européennes. Cette décision du LOOF vise à encadrer plus strictement les races et à prévenir de nouveaux abus, comme le prescrit le règlement européen sur le bien-être des chats et des chiens et leur traçabilité adopté au printemps 2026», précise Lorène Jacquet.
La Fondation 30 Millions d’Amis attend désormais qu’une résolution similaire soit adoptée par la Centrale Canine, qui gère le Livre des origine français (LOF), le registre officiel agréé par le ministère de l’Agriculture encadrant les races de chiens en France.
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