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Enquête

Vantara : malgré le scandale international, les importations se poursuivent

Entre le début octobre 2025 et la mi-mars 2026, le méga-zoo Vantara a importé plus de 8 000 animaux supplémentaires. / ©AdobeStock (illustration)

En dépit des preuves d’irrégularité et des résultats de mois d’enquête sur des exportations exponentielles d’animaux, le méga-zoo controversé Vantara continue d’importer des milliers d’animaux sauvages originaires des quatre coins du monde. La Fondation 30 Millions d’Amis demeure pleinement mobilisée, aux côtés de ses partenaires internationaux, pour faire cesser ce commerce délétère.

Présenté comme un sanctuaire destiné au sauvetage et à la réhabilitation d’animaux sauvages, le projet Vantara – dont la Fondation 30 Millions a révélé en novembre 2025 les importations massives et douteuses d’animaux depuis 2022 – continue de susciter de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale de la conservation. Alors que les autorités indiennes sont sommées de s’expliquer et de renforcer leurs procédures de contrôle dans la lutte contre le trafic d’espèces sauvages, des milliers d’animaux, dont d’espèces menacées, sont toujours exportés vers ce méga-zoo controversé et des liens entre Vantara, et une affaire internationale de blanchiment de rançon d’enlèvement apparaissent. 

Plus de 8.000 animaux exportés en cinq mois 

Malgré la pression médiatique et politique de ces derniers mois, la demande d’animaux sauvages de Vantara se maintient à un rythme soutenu. Entre le début octobre 2025 et la mi-mars 2026, Vantara a importé plus de 8 000 animaux supplémentaires, principalement d'Indonésie, de République tchèque, de Syrie et de République démocratique du Congo, d’après les données mondiales officielles.  

Fin mai 2026, le journal Le Monde révélait des éléments troublants impliquant Vantara dans une enquête financière internationale mêlant achat d’animaux sauvages, cryptomonnaies et blanchiment de rançon d’enlèvement. Un écho aux révélations de la Fondation 30 Millions d’Amis, qui alerte depuis plusieurs mois sur les activités du méga-complexe zoologique privé, créé en Inde par Anant Ambani, le fils du milliardaire Mukesh Ambani. 

Un projet aux dimensions hors normes 

Installé dans l’État du Gujarat, sur plus de 1 400 hectares, Vantara affirme héberger jusqu’à 150 000 animaux de près de 2 000 espèces. « Pourtant, rares sont les grands zoos qui hébergent plus de 10 000 animaux », fait remarquer Lorène Jacquet, Responsable des Affaires publiques à la Fondation 30Millions d’Amis.  

Les données concernant le nombre d’animaux dans les installations de Vantara demeurent cependant floues et les différentes publications officielles présentent des écarts importants. Cependant, toujours d’après les données mondiales officielles, plus de 60 000 animaux ont été importés du monde entier par Vantara depuis 2022, dont un grand nombre d’espèces menacées et protégées par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES).  

En novembre 2025, la Fondation 30 Millions d’Amis révélait en France l’ampleur exceptionnelle de ces transferts internationaux d’animaux et les préoccupations qu’ils suscitent : outre les quantités inexplicables d’animaux importés par Vantara, leur provenance interroge.  

Suspicions de braconnage  

Les exemples ne manquent pas. Des cargaisons de singes provenant de République démocratique du Congo, des centaines de félins et grands singes au départ des Emirats arabes Unis, des milliers d’oiseaux, reptiles et singes internationalement protégés exportés par le Vénézuéla et le Guyana : en quelques années, Vantara s’est tristement constitué une collection exceptionnelle d’animaux désormais captifs dont l’origine reste encore incertaine. 

Derrière ces acquisitions massives d’animaux d’espèces rares et menacées, « il est probable que des actes de braconnage permettent de répondre aux caprices d’un milliardaire souhaitant créer sa propre arche de Noé en se servant dans la nature », souligne Lorène Jacquet. Car pour de nombreux animaux exportés vers Vantara, la provenance déclarée ne correspond pas à la réalité du terrain : des centaines, voire des milliers d’animaux proviennent d’élevages inexistants ou non déclarés, d’autres sont exportés sans aucune traçabilité permettant de garantir qu’ils n’ont pas été prélevés illégalement dans le milieu naturel.  

Les autorités CITES confirment de nombreuses préoccupations 

En septembre 2025, une mission officielle du Secrétariat de la CITES s’était rendue dans les installations de Vantara afin d’évaluer la conformité des importations réalisées. Le rapport publié à l’issue de cette mission avait soulevé de multiples préoccupations concernant notamment la provenance réelle des animaux, la crédibilité des déclarations affirmant qu’ils seraient nés en captivité, le risque de blanchiment d’animaux prélevés dans la nature et le rôle réel de Vantara présenté comme un « centre de sauvetage ». Le Secrétariat de la CITES avait même recommandé que l’Inde suspende temporairement l’importation des espèces les plus sensibles (inscrites à l’Annexe I de la CITES) tant que des garanties suffisantes ne seraient pas apportées. 

En novembre 2025, pour répondre à ces différentes alertes et préoccupations, la communauté internationale a demandé aux autorités indiennes d’investiguer la provenance des animaux importés par Vantara et leur légalité au regard du droit international, mais également de renforcer leurs procédures de contrôle afin que toutes les précautions soient prises pour éviter des transferts d’animaux illégalement prélevés dans le milieu naturel notamment.  

Face à la controverse, un puissant écran de fumée  

Attaqués de toutes parts depuis les premières révélations sur leurs importations massives, les riches dirigeants de Vantara ont rapidement réagi pour redorer leur image et faire taire leurs détracteurs. « Après avoir mené pendant plusieurs mois des opérations d’intimidation auprès des médias les incriminant, les représentants de Vantara se sont lancés dans une grande campagne de séduction visant à faire oublier les accusations de trafic dont ils font l’objet », souffle Lorène Jacquet. Vantara s’est donc offert les services d’une équipe de lobbyistes influents dans le monde politique et des affaires, prompts à promouvoir les installations luxueuses de ce méga-zoo indien.  

 

Cette affaire souligne la nécessité absolue de renforcer les contrôles internationaux.

Lorène Jacquet

C’est ainsi qu’Anant Ambani a reçu en décembre 2025 le prestigieux prix de la Global Humane Society pour ses actions en faveur du bien-être animal avec « une couverture médiatique savamment orchestrée pour faire oublier que Vantara était au cœur de discussions houleuses », dénonce la responsable des Affaires publiques de la Fondation 30 Millions d’Amis. Un évènement produit quelques semaines plus tôt lors d’une réunion des Parties à la CITES, sur la base des nombreuses irrégularités relevées par les autorités CITES. « C’est également dans cette optique de promotion que Vantara reçoit régulièrement des célébrités dans ses infrastructures fermées au public », poursuit Lorène Jacquet.  

Après Mark Zuckerberg et Bill Gates, ce sont Donald Trump Jr. et les footballeurs Lionel Messi, Luis Suárez, et Rodrigo De Paul qui ont récemment visité le zoo indien. De nombreux influenceurs plus ou moins soucieux de la condition animale, tels que Dean Schneider ou plus récemment l’influenceur français Plumes, ont également été invités à faire la publicité de la belle histoire de Vantara à travers des vidéos mettant en scène les animaux « rescapés » présents sur le site.  

La France reste mobilisée 

Face à cette ampleur, la Fondation 30 Millions d’Amis poursuit son travail d’alerte auprès des autorités françaises et européennes afin que toute exportation d’animaux vers Vantara fasse l’objet d’un examen particulièrement rigoureux. 

Consciente des risques de cette affaire pour la préservation des espèces menacées, « la France, par l’action des équipes du ministère de la Transition écologique, continue de suivre ce dossier avec la plus grande attention et d’agir au sein de l’Union européenne pour que les accords internationaux soient scrupuleusement respectés », indique Lorène Jacquet. «  Plus largement, cette affaire souligne la nécessité absolue de renforcer les contrôles internationaux sur le commerce d’espèces sauvages et d’assurer une transparence totale concernant l’origine des animaux déplacés à travers le monde, y compris lorsqu’ils sont destinés à des parcs zoologiques ou des sanctuaires. » 

Une vigilance indispensable pour protéger la faune sauvage 

La conservation des espèces menacées ne peut reposer sur la mise en captivité et les transferts massifs d’animaux à travers le monde. Alors que la biodiversité mondiale connaît un effondrement sans précédent, les efforts doivent prioritairement soutenir la protection des animaux dans leurs habitats naturels ainsi que les structures locales de réhabilitation. 

La Fondation 30 Millions d’Amis soutient de nombreux sanctuaires et centres de conservation dans le monde et continuera de se mobiliser pour que la lutte contre le trafic d’espèces sauvages demeure une priorité internationale.