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Afrique du Sud : le gouvernement ne parvient pas à bloquer les exportations de cornes de rhinocéros

D'après un rapport, l'Afrique du Sud constitue souvent le pays d'origine dans la chaîne du commerce illégal. / ©AdobeStock

Le pays, toujours fortement touché par le braconnage et le commerce illégal, abrite la grande majorité des rhinocéros du monde.

Le gouvernement sud-africain a été débouté en justice dans sa tentative de faire annuler l'autorisation d'exporter des cornes de rhinocéros provenant de réserves privées, a déclaré vendredi 3 juillet 2026 le propriétaire qui avait obtenu cette décision. Le négoce des cornes de rhinocéros est interdit dans le monde depuis 1977 aux termes de la Convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Les défenseurs de cette interdiction la jugent vitale pour protéger du braconnage les populations décroissantes de cet animal, alors que les partisans du commerce légal des cornes affirment que des ventes régulées de cornes prélevées sur des animaux vivants aident à lutter contre le marché noir tout en permettant de financer les réserves. Wicus Diedericks, le propriétaire d'une réserve de plus de 13.000 hectares dans la province sud-africaine du Cap-Nord, a obtenu en 2025 en justice l'autorisation d'exporter plus de 500 cornes de rhinocéros blancs. 


Dans un communiqué vendredi, il a fait savoir que la Haute cour du Cape-Nord avait débouté le gouvernement de sa requête en appel. "Cette décision historique valide le droit pour les conservateurs privés et les élevages de financer leurs efforts de protection extrêmement coûteux", s'est-il félicité. "C'est une décision dont les experts espèrent qu'elle pourra sauver l'espèce, apporter un financement durable à la conservation et soutenir les communautés rurales dans toute l'Afrique du Sud", a-t-il ajouté. Le ministère de l'Environnement a dit à l'AFP qu'il analysait cette décision de justice et déciderait ultérieurement d'introduire ou non un recours devant une instance supérieure.

Malgré des progrès anti-braconnage, des inquiétudes persistent

L'Afrique du Sud abrite la plupart des derniers rhinocéros de la planète. Elle est aussi un foyer de braconnage alimenté par la demande asiatique et les cornes de ces imposants animaux atteignent des prix très élevés sur le marché noir.  D’après le rapport publié en 2025 par l’IUCN, TRAFFIC et les groupes de spécialistes des rhinocéros d'Afrique et d'Asie, "le taux annuel moyen de braconnage à l’échelle du continent  a baissé à 2,15 % de la population continentale en 2024 — le taux le plus bas depuis 2011".  Une conséquence directe des progrès dans la lutte contre le braconnage des rhinocéros, bien que le rapport mette en garde contre le déclin continu des populations et la persistance du commerce illégal. "Début 2025, on a constaté une augmentation du nombre de rhinocéros victimes du braconnage", font savoir les auteurs du rapport.

 

L'Afrique du Sud comptabilise à elle-seule 66 % du poids total des saisies de corne de rhinocéros à l'échelle mondiale.

Lorène Jacquet

Car, malgré des progrès dans la lutte contre le braconnage, la population totale de rhinocéros d’Afrique a diminué de 6,7 %, pour atteindre environ 22 540 animaux. Un déclin principalement dû à une forte baisse du nombre de rhinocéros blancs, qui a chuté de plus de 11 %, atteignant son niveau le plus bas depuis 2007, en raison d’une combinaison de facteurs, notamment une pression accrue du braconnage, des sécheresses prolongées et des limitations de gestion. "L'Afrique du Sud, qui abrite la grande majorité des rhinocéros de la planète, demeure le pays le plus touché par le commerce illégal, enregistrant le plus grand nombre de saisies et le volume de commerce illégal le plus élevé entre 2021 et 2023, précise Lorène Jacquet, responsable des Affaires publiques à la Fondation 30 Millions d'Amis. L'Afrique du Sud comptabilise à elle-seule 66 % du poids total des saisies de corne de rhinocéros à l'échelle mondiale et figure souvent comme pays d’origine dans la chaîne du commerce illicite. C’est également le pays qui présente le plus grand nombre de liens commerciaux illicites, en particulier avec la Malaisie et le Viet Nam."

Le commerce de cornes met en danger les populations de rhinocéros sauvages

Afin d'endiger le braconnage et mettre fin à la corruption, le rapport insiste sur la nécessité de mettre en plus "une volonté politique, un financement accru, des outils modernes, l’implication des communautés et des avantages plus concrets pour celles-ci afin de protéger  les rhinocéros et de soutenir leur conservation à long terme". "L'écornage, le renforcement des unités anti-braconnage et de la coopération internationale demeurent les meilleures pratiques pour protéger les populations sauvages de rhinocéros, l'élevage privé destiné à commercialiser légalement des cornes de rhinocéros n'ayant jamais prouvé son efficacité en termes de conservation, au contraire.", ajoute Lorène Jacquet.  

L'ouverture du commerce de corne constitue la principale cause du braconnage des rhinocéros. "Elle représente une menace extrêmement importante pour les populations sauvages, même s’il est strictement encadré. L'expérience montre que le commerce légal est un vecteur de trafic non négligeable, a fortiori sur des produits à très forte valeur commerciale et dont la traçabilité peut facilement être falsifiée" conclut Lorène Jacquet. 

(Avec AFP)