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Politique

Une cinquantaine de parlementaires demandent la fin de l’importation de trophées de chasse

La chasse aux trophées consiste à abattre des animaux - spécifiquement emblématiques et protégés – tels que des éléphants, des léopards ou même des ours polaires, pour le simple plaisir. / ©Istock

Une tribune parlementaire déposée par la députée du Bas-Rhin Sandra Regol (Ecologiste et Social) et par le sénateur Yannick Jadot (Écologiste - Solidarité et Territoires) appelle le gouvernement à bannir – enfin - l’importation de trophées de chasse d’espèces protégées. Un appel relayé par la Fondation 30 Millions d’Amis.

À quand une interdiction de l’importation des trophées de chasse d’espèces protégées en France ? C’est la question posée au gouvernement, dans une tribune cosignée par une cinquantaine de parlementaires. Car, malgré une multitude de tentatives pour bannir cette pratique réservée à un cercle restreint seulement, celle-ci continue de perdurer en toute légalité. Pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, quelques individus fortunés sont autorisés à abattre des animaux emblématiques et protégés – tels que des éléphants, des léopards ou même des ours polaires – aux quatre coins du globe pour leur propre plaisir et à des fins d’exhibition. « La chasse aux trophées est défendue par un lobby discret – mais hélas puissant – de certains responsables cynégétiques », déplore la députée du Bas-Rhin Sandra Regol (Les Ecologistes), contactée par 30millionsdamis.fr. 

Mais alors que le monde scientifique et les ONG alertent sur les conséquences désastreuses de la chasse aux trophées, à laquelle s’opposent 91 % des Français [sondage IFOP pour Human Society International / Europe], qu’attend le gouvernement pour agir ? La tribune déposée par Sandra Régol et le sénateur Yannick Jadot (Les Ecologistes) appelle à l’action. « Tout est prêt. Le consensus est là. Il ne manque plus qu’une décision », insistent les deux parlementaires.   

Un agenda législatif bousculé  

Car, depuis deux ans et demi maintenant, les initiatives parlementaires se multiplient afin de bannir une fois pour toutes ces importations. En janvier 2024, une proposition de loi déposée par Sandra Regol avait été adoptée à la quasi-unanimité en commission à l’Assemblée nationale. Texte redéposé et co-signé « par 82 parlementaires de neuf groupes » après la dissolution, avant le dépôt d’un texte au Sénat. Des amendements ont ensuite été adoptés dans le cadre du Projet de loi de finances 2026. Puis, le 2 juin 2026, Sandra Regol a de nouveau persisté en déposant un nouveau texte « pour appeler le gouvernement à franchir le pas ». Un parcours semé d’embuches auxquelles ne s’attendait pas la députée écologiste : « On pensait au départ que ce texte serait examiné rapidement », fait savoir l’élue. C’était sans compter toute une série d’obstacles.  

Au fil des mois et des années, le sujet n’a eu de cesse de reculer dans l’agenda politique. Plutôt que d’être examinée en février 2024 à l’Assemblée nationale, la proposition de loi sur les trophées de chasse ne sera discutée dans l’hémicycle que d’ici 2027, en raison d’un agenda législatif « embouteillé ». Une échéance qui relève de l’illusion selon les signataires de la Tribune : « Attendre une mise à l’ordre du jour par le Parlement, comme le préconise le ministre, revient, de fait, à enterrer le sujet. » 

Un obstacle « institutionnel et politique » 

Malgré un calendrier parlementaire saturé, le ministre Mathieu Lefèvre s’est récemment exprimé sur le sujet des trophées de chasse, en laissant entrevoir une volonté de restreindre leurs importations : « Le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement a lui-même affirmé au Sénat le 7 avril [2026] qu’il faut adopter une approche particulièrement stricte à l’égard des importations de trophées de chasse », rapporte la tribune.  Des propos qui engagent et qui résonnent comme un espoir pour la fin d’une pratique exercée par une minorité d’individus en France. « Il est tout de même étonnant que la chasse aux trophées soit devenue un enjeu de forte tension alors que cela ne concerne qu’une minorité de personnes en France », s’étonne Sandra Regol auprès de 30millionsdamis.fr.  

 

L’exécutif peut agir rapidement, lorsqu’il le décide.

Tribune de Sandra Regol & de Yannick Jadot

Dans leur tribune, Sandra Regol et Yannick Jadot rappellent également que la voie réglementaire a permis – en 2015 – d’interdire l’importation de trophées de lion « sans attendre le législateur »« Ce précédent démontre que l’exécutif peut agir rapidement, lorsqu’il le décide, ajoutent les deux représentants de la Nation qui souhaitent étendre cette interdiction à l’ensemble des espèces menacées d’extinction. Le principal obstacle est désormais institutionnel et politique. » 

Une pratique en totale contradiction avec les engagements environnementaux du gouvernement 

Si la date d’échéance recule, le sujet s’avère quant à lui de plus en plus brûlant. « Face à la sixième extinction de masse, une véritable prise de conscience politique s’impose pour protéger la biodiversité et préserver les espèces menacées, réagit Lorène Jacquet, responsable des Affaires publiques à la Fondation 30 Millions d’Amis. Pour la France, cela doit se traduire par la fin immédiate de son soutien à la chasse aux trophées — un massacre programmé de la faune sauvage emblématique. » Car si la France affiche une « ambition verte » lors de différents sommets internationaux, elle doit désormais « aligner ses actes », poursuit Lorène Jacquet, afin de ne pas nuire aux espèces protégées au niveau international par la Convention de Washington (CITES) ou inscrites sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).  

 

 Face à la sixième extinction de masse, une véritable prise de conscience politique s’impose.

Lorène Jacquet, Fondation 30 Millions d'Amis

Selon un rapport de l’association Convergence Animaux Politique, ces espèces protégées sont tuées par dizaines de milliers, uniquement dans le cadre de la chasse aux trophées. « Jamais autant d’espèces n’ont été menacées d’extinction qu’elles ne le sont aujourd’hui, alerte le rapport. (…) À l'inverse, il est prouvé que les interdictions ou les moratoires de chasse appliqués de manière cohérente contribuent à la reconstitution des populations d'espèces chassées », poursuit le Collectif.  

Les signataires de la tribune insistent par ailleurs sur l’ « aberration écologique » de la chasse aux trophées. « Plus l’espèce est en danger plus le trophée sera prisé. (…) [La chasse aux trophées] ne répond à aucune nécessité alimentaire, à aucun impératif écologique, à aucun intérêt collectif. Elle relève d’un loisir de prestige, et contredit directement les engagements de la France en matière de biodiversité ».  

Un texte soutenu par la Fondation 30 Millions d’Amis  

La Fondation 30 Millions d’Amis, qui dénonce de longue date les conséquences désastreuses de la chasse aux trophées, soutient la tribune cosignée par une cinquantaine de parlementaires. Elle a d’ores et déjà échangé avec le cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu. « Il est temps d’interdire l'importation et la valorisation des dépouilles des espèces sauvages tuées pour le simple plaisir sur le territoire national », poursuit Lorène Jacquet.  

En 2017, l’émission 30 Millions d’Amis avait révélé au public français la réalité atroce des « chasses en boîte », ces enclos détenant des lions captifs, dans le simple but de riches « chasseurs » en quête de trophées, en échange d’une forte somme. Les révélations de l’émission dévoilaient également la revente illégale de ces carcasses en Asie pour leurs os, pour de prétendues vertus pharmaceutiques.  

Alors que la nécessité d’agir fait consensus, le temps presse. « Se retrancher derrière l’embouteillage parlementaire n’est plus tenable. D’autant que ce blocage est connu, anticipé, et qu’il ne fera que s'aggraver à l’approche de 2027 », préviennent les parlementaires dans leur tribune. Il est temps d’agir, et vite !